Ballade incestueuse

qui n’est pas une apologie de la chose

LOTH ET SES FILLES

L’Érotisme semble découler d’une sexualité honteuse, c’est le cas avec le motif incestueux qui est très répandu et se retrouve dans de nombreuses mythologies, Dans l’Égypte antique une grande partie des unions divines est incestueuse telle celle d’Osiris avec sa Sœur Isis, chez les Romains, Jupiter épouse sa sœur Junon, chez les Grecs, Œdipe tue sans le savoir son père et épouse sa mère Jocaste.

Adonis serait le fruit de l’union du roi d’Assyrie avec sa fille

Le poète latin Ovide évoque dans ses Métamorphoses l’union de Myrrha et de son père, ou  celle de Byblis et de son frère.

On prête des relations incestueuses aux Ptolémées qui se mariaient entre frères et sœurs, le cas le plus connu étant celui de Cléopâtre qui a épousé successivement ses deux frères

Ramsès II aurait eu des enfants avec deux de ses filles et Toutânkhamon serait le fruit de l ‘union d’Akhénaton avec une de ses sœurs. On reprocha aux Borgia leurs relations incestueuses.

Plus près de nous, le motif incestueux se retrouve dans la littérature avec par exemple le Peau d’Âne de Charles Perrault ;  chez Mirabeau dans le Rideau levé,chez Musset on a un long poème sur Loth et ses filles, ou  au vingtième siècle, l’Ada de Nabokov.

En peinture l’histoire de Loth et de ses filles fut un prétexte pour montrer avec beaucoup de complaisance le pouvoir de leurs chairs. Nous le verrons avec Lucas de Leyde , avec Altdorfer, Francesco Furini, Orazio Gentileschi, le Guerchin,

LOTH ET SES FILLES

L’histoire débute à Sodome

Deux anges, certainement très beaux, arrivent à Sodome où ils rencontrent Loth qui y réside depuis peu. Loth les reçoit dans sa maison. Les hommes de la ville cernèrent la maison et demandèrent à Loth de les faire sortir pour les « connaître » Connaître en langage biblique signifie coucher avec. Loth propose de livrer à leur place ses deux filles « que vous traiterez comme bon vous semblera » ce que les sodomites refusent. Ils veulent les anges. Rien ne se passe car Iahvé intervient et pour punir le Sodomites décide de détruire la Ville. Au petit matin Loth sa femme et ses filles quittent la ville et vont se réfugier à Soar, ville voisine.

Iahvé fait pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du souffre et du feu. Tout fut détruit. En dépit de l’interdiction de se tourner pour voir l’incendie, la femme de Loth regarde. Elle est transformée en statue de sel.

« Loth monta de Soar et habita dans la montagne, ses deux filles étant avec lui, car il avait peur de vivre à Soar.

L’aînée des deux filles dit à la cadette : « Notre père est vieux et il n’y a pas d’homme dans le pays pour monter sur nous, suivant l’usage de toute la terre. Allons, abreuvons de vin notre père, couchons avec lui et faisons survivre la race de notre père. Elles abreuvèrent leur père de vin, en cette nuit-là et l’aînée vint coucher avec son père. Il n’en sut rien » Le lendemain ce sera le tour de la cadette.

Alfred de Musset dans un long poème qu’on n’enseigne pas au Lycée imagine la scène.

Notre père est bien vieux, mais il est encore chaud.
Il peut bander encore quand les femmes sont belles,

Bien heureux qu’il n’ait pas affaire à des pucelles.
Mais il ne voudra pas, tant il est scrupuleux,
Nous donner la bouteille où jadis toutes deux
Avons puisé la vie, où notre pauvre mère,
Allait remplir ses fleurs, éteindre son cratère.
Tâchons de l’enivrer, il aime le bon vin,
Et s’il veut nous baiser, sauvons le genre humain

Dans un tableau que nous avons au Louvre, Lucas de Leyde plante le décor.

Figure 1 Lucas de Leyde, Loth et ses filles, vers 1520, huile sur toile, 48×34

Dans la partie droite du tableau l’on voit la ville de Sodome qui sous l’action du feu du ciel sombre dans la mer morte. Dans la partie gauche et haute du tableau la ville de Soar épargnée à la demande des anges.

Une route sinueuse relie les deux villes et en contre-bas au niveau d’un ponton on aperçoit Saul, ses deux filles, un âne et sur la droite la femme de Saul qui s’est tournée pour regarder la scène et va être transformée en statue de sel.

Au premier plan du tableau, le campement constitué de trois tentes dont la plus importante est de couleur rouge. Devant cette tente Loth déjà ivre lutine sa fille aînée qui tient encore dans sa main droite une coupe de vin.

 

Cette dernière paraît un peu raidie, car même si c’est elle qui a souhaité et provoqué la chose, il faut se souvenir qu’elle n’a « jamais connu d’homme » de sa main gauche elle semble retenir la main du papa qui tente de s’immiscer entre ses cuisses

En avant, dans l’angle gauche du tableau, la fille cadette verse de l’eau d’une outre qu’elle tient de la main droite. Sa pose souple déhanchée tranche avec la raideur de sa sœur.

La tente entrouverte laisse voir le lit du père, lit où sera consommé l’inceste.

Cette toile évoque l’interdit de l’inceste et l’interdit de voir la ville.

L’Histoire de Loth et ses filles eut un grand succès auprès des peintres

Figure 2 Altdorfer, Loth et ses filles, 1537

 

On notera l’atmosphère très naturelle et détendue de la scène que nous montre Altdorfer.  Sa fille, au premier plan est allongée. Son corps repose entre les cuisses de Loth, qui l’enlace. Ils sont sous une toile. C’est une scène intime, la fille tient dans sa main gauche un verre de vin. Au premier plan à droite, la carafe de vin, à l’arrière- plan la deuxième sœur nue elle aussi.

Tout cela sur le fond de l’incendie de Sodome.

Edward Lucie-Smith nous dit : « On assiste à l’accomplissement d’un rêve que bien des pères ont nourri à l’égard de leur fille et maintes filles à l’égard de leur père ou de leur substitut). Le Mythe excuse tout. »

Le XVII° au lieu de montrer la fuite de Sodome s’attachera à dévoiler les chairs et privilégiera les scènes d’inceste

Figure 3 Francesco Furini, 1600-1646, Loth et ses filles

 

Figure 4 Orazio Gentileschi, Loth et ses filles

Figure 5 Le Guerchin, Loth et ses filles, 1651, Huile sur toile, 172×222 Louvre

 

Figure 6 Loth et ses filles, Adrian van der Werff Musée de L’Hermitage

Figure 7 Jean de Troy, Loth dans l’ivresse avec ses filles, 1745,97×34 Porto Rico

Figure 8 Simon Vouet, Loth et ses filles, 1633; 160×130, Strasbourg musée des Beaux- Arts

Figure 9 Charles Jalabert, Oedipe et Antigone 1842 Musée Beaux- arts de Marseille

 

 

 

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