Tantôt feuilletant mon Verlaine je tombe sur ce poème intitulé :
Les ingénus.
« Les Hauts talons luttaient avec les longues jupes,
En sorte que, selon le terrain et le vent,
Parfois luisaient des bas de jambes, trop souvent
Interceptés ! – et nous aimions ce jeu de dupes.
Parfois aussi le dard d’un insecte jaloux
Inquiétait le col des belles sous les branches,
Et c’étaient des éclairs soudain de nuques blanches
Et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous.
Le soir tombait, un soir équivoque d’automne:
Les belles, se pendant rêveuses à nos bras,
Dirent alors des mots si spécieux, tout bas,
Que notre bâme, depuis ce temps, tremble et s’éonne.
Soudain je me revis en classe, j’étais en cinquième, un professeur nous disait combien les hommes de son temps étaient troublés lorsqu’ils apercevaient la cheville d’une femme. Nous nous moquâmes de lui car à cette époque là l’on voyait les genoux. Maintenant du haut qui dévoile les tétons jusqu’à la culotte, tout est montré. Circulez, il n’y a plus rien à découvrir. Parfois, je le confesse, c’est beau, je pense à une étudiante fort bien faite, blonde, à la peau légèrement dorée, toute vêtue de blanc, mais pas de probité candide ; la pointe de ses seins dardait sous une étroite bande blanche son ventre merveilleusement plat, était décoré d’un nombril délicatement ciselé .Sa culotte d’un bleu tendre dépassait légèrement de son pantalon. Elle se rendait à l’université…
Sade notait : « Il n’est point d’homme qui ne veuille être despote quand il bande » ; la chronique des faits divers semble hélas le confirmer.
Il fut un temps où Marot écrivait : De Quiet et de Nenni
Un doux nenni, avec un doux sourire.
Est tant honnête, il le vous faut apprendre.
Quand est d’oui, si vous veniez à le dire,
D’avoir trop dit je voudrais vous rependre
Non que je sois ennuyé d’entreprendre
D’avoir le fruit dont le désir me point :
Mais je voudrais qu’en le me laissant prendre
Vous me disiez : « Non vous ne l’aurez point »
En quatrième en ce temps -là on nous forçait à étudier des poèmes dont le Booz endormi dont voici quelques extraits
Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;
Or, la porte du ciel s’étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.
Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu’au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chaîne ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu.
Ainsi parlait Booz dans le rêve et l’extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.
Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une moabite,
S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.
Booz ne savait point qu’une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle.
Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.
L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément.
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.
La respiration de Booz qui dormait,
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.
Ruth songeait et Booz dormait ; l’herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C’était l’heure tranquille où les lions vont boire.
Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre
Brillait à l’occident, et Ruth se demandait,
Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.
Sacré Hugo !